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Au détour d'une ruelle d'Olov

le Sam 4 Aoû - 4:29
Elle s’appelle Traüma.

Ses yeux bleus se perdent à la surface de la chope où se mêle les saveurs de cannelle et d’orge. Il ne sait pas quoi dire ce soir, ses pensées sont embrumées par les parfums ambrés de toute la bière qu’il a ingurgités pendant près de deux heures, seul. Il ne regarde pas les femmes qui l’observent comme une curiosité, parce qu’il ne les a pas encore approchés alors même qu’elles ne sont pas très prisées ce soir. C’est sûr que ça les changerait un peu, un petit jeune comme lui, et même si sa face est striée de trois belles cicatrices, il a encore du charme. Il en dégage, le petit.

Il n'en dégage pas vraiment pourtant, quand ses yeux sont comme ça, aussi vague que l’eau trouble d’un puit croupi. C’est vrai qu’il brille comparer aux autres piliers qui comme lui n’ont pour seule campagne que la bibine qui leur remplie toute la région de l’hypogastre, mais ce n’est pas vraiment dur d’avoir une lueur de plus que ceux qui ont soufflé vingt ou trente bougies de plus que lui.

On devrait d’ailleurs plutôt parler de cierges, car tous leurs visages sont pâles, comme de la cire qui aurait fondu et qu’on aurait moulé, en boucle, pour ne rien perdre. Forcément qu’on y perd, en qualité, en saveur. Quand c’est du recuit, ça a le goût du déjà-vu.

Le goût d’un second abandon qu’il n’aurait jamais cru revivre.


Intérieurement, il se pose déjà cent questions. Est-ce qu’elle est heureuse ? Il est égoïste, mais il aimerait qu’elle ait au moins autant souffert que lui. Que sa vie ait été dure, voir même un enfer, qu’elle l’ait supplié de la rejoindre dans la mort comme quand lui se laissait crever à la fenêtre. Il espérait à l’époque la revoir, une petite seconde, à son chevet. Quand l’espoir disparaissait de la revoir, il recommençait à manger dans la folle espérance de la rejoindre. Ça a été ça, de longues semaines durant. Il faudrait qu’elle ait souffert plus longtemps que ça.

Il faudrait qu’elle le rejoigne désormais, comme elle le lui avait promis.

On sera toujours ensemble ?

D’un revers de main, il écrase sa paume avec force contre son front. Ça ne chasse pas l’image qu’il a gardé d’elle, de ses beaux yeux bleus. Il imaginait le ciel d’Argem comme ces deux-là, d’un clair frappant et glacial à la fois. Il se disait que loin de l’Œil du Loup, le Royaume d’argent devait être surplombé par quelque chose d’aussi beau que ses iris fragiles.

Ses doigts s’enfoncent dans ses tempes, mais il n’arrive pas à la faire sortir de là. Il a mal, il a horriblement mal mais il n’hurle pas. C’est dans ses habitudes. Quand on est dans la forêt, crier c’est faire du bruit, c’est donner une chance d’avoir encore plus mal, donner une position à un possible prédateur.

Est-ce qu’elle sait ce que c’est d’être la proie, ou est-ce qu’elle a oublié comme elle l’a oublié ?


“ Hey ? ”

Les yeux de Zörn s’ouvrent de nouveau et se lèvent sur le visage du tavernier qui le regarde d’un air étrange, mais quelque peu inquiet. Le Sanguinaire le darde d’un regard terrible en retour. La hache à son dos ne pèse plus que le poids d’une plume, mais ses épaules, elles, sont plus lourdes que l’acier. Il ne sait pas pourquoi il pense à ça, mais c’est la première chose qui lui traverse l’esprit à ce moment.

Il a envie de frapper, il a envie de hurler.

De la tuer.


“ Si tu ne consommes plus, tu dégages. “


Le tavernier n’a pas peur, et pour cause, il a l’habitude des errances du jeune homme. Il l’a déjà vu il y a quelques jours, et encore un peu avant. Il n’a pas toujours été aussi saoul, mais ce soir, c’est trop. Le patron frappe trois fois sur le clavier.


“ Ne m’oblige pas à te faire sortir. ”


Zörn émet un petit sifflement fatigué alors qu’il s’extirpe d’un pas lourd et lent de sa chaise. Une fois debout, il se rend compte du poids de sa hache, mais ça ne l’empêche pas d’avancer vers la sortie sans vraiment zigzaguer. Au lieu de ça, il est même parfaitement droit. Ses épaules sont un peu voûtées, de même que son visage est rembruni, mais dans l’ensemble, la douleur le tient à terre. Plus encore, elle le clou.  


Il passe une main sur son front, suit les mouvements de son corps qui se traînent de lui-même vers une direction inconnue. Ses yeux n’observent plus les environs. Il n’a pas peur cependant. Quiconque se présentera fera office d’une bonne partie de rigolade. Peut-être même que ça l’aidera à évacuer cette colère qui le ronge, qui le remplit.

Si Koshmar était encore là, il lui dirait de l’embrasser, de le serrer contre lui, de la dompter. Il s’approcherait peut-être de lui à la façon des prédateurs, il passerait sa main dans ses cheveux sombres, approcherait de sa gorge ses crocs blancs. Bien sûr il se refuserait, il forcerait comme les dernières fois. Il y arriverait peut-être.


Au milieu de la ruelle, il se plie en deux et vomit finalement.


Quelque chose n’est pas passé, mais ça ne date pas de ce soir.
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Re: Au détour d'une ruelle d'Olov

le Sam 4 Aoû - 10:29
Elle l'observait.

Comme depuis des jours.
Comme depuis des semaines
Comme depuis des mois.
Comme depuis des années.

Elle lavait remarqué il y a bien longtemps, bercé dans les bras pervers de Koshmar. Elle s'en moquait bien à l'époque. Il n'était qu'un jouet de plus pour la rapière. Une petite chose à maltraiter dont jouissait Koshmar. Koshmar, Koshmar, Koshmar, rien que de penser à son nom provoquait le dégoût d'elle.

Il incarnait le pire de la débauche, et dans sa perversion, il avait souillé tout l'âme et tout le corps du petit jouet. Ce n'était pas le premier à subir ce tourment mais Koshmar en avait pleinement profité cette fois-ci.
Étrangement, le jouet avait survécu; et de jouet il se métamorphosa en arme. Une arme mortelle qui nécessitait juste d'être affûtée et maniée. Une belle arme aussi, cela avait le mérite d'être noté.

Elle l'observait.

Il se battait avec rage. Il manquait un peu de précision mais ses coups portaient avec une puissance terrible. Quand ceux qui osaient lui faire face ne parvenaient pas à dévier le coup, la hache les fendait en deux de manière nette.

Elle l'observait

Il portait un nom plein de colère. Celle accumulée pendant toutes ces années. Une colère et une puissance à canaliser sur un seul objectif. Un objectif qui accaparait son esprit depuis des années. Un objectif dont elles étaient la clef.

Et elle termina de l'observer.

Du haut du toit, elle se laissa glisser. Les cheveux flamboyants claquants dans le vent, de même que les pans de ses vêtements. Elle atterrit prestement à quelques mètres de Zörn. Ses yeux jaunes luisaient dans la pénombre. Son arc blanc scintillait doucement dans son dos. Elle se redressa et fit face à l'homme mal en point à cause l'alcool.

-"Bonsoir Zörn" annonça Olivia Du Bec.
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Re: Au détour d'une ruelle d'Olov

le Sam 4 Aoû - 14:48
Il crache, comme pour chasser le mauvais goût de la bière et de la bile de sa bouche.

Ça n’a pas la même saveur qu’un cadavre humain, qu’un muscle qu’on arracherait directement à un corps au sol, mué par la seule envie de survivre. Qu’est-il devenu, lui, l’enfant faible et médiocre du Salbev ? Qu’ont fait ses mains ?

Tout.

Tout pour survivre.

Tout pour la retrouver.


Il a tout fait pour elle, sans même imaginer qu’elle était déjà bien loin des soucis.

Qu’elle était déjà couvée par quelques salopards.

Il les déteste, il les déteste de tout son être.

Mais c’est égoïste : il aimerait juste être à leur place.

Il l’a toujours trop aimé, comme une autre part de lui, comme quelque chose à lui.


C’est vrai. Traüma était à lui.

On le lui avait volé.


Et elle savait qui l’avait volé.


Les yeux bleus du sanguinaire glissent sur la silhouette de la Matriarche qu’il ne prend pas la peine ni de détailler, ni d’apprécier. Elle est pourtant très belle Olivia du Bec dans sa tenue qui lui donne des airs d’assassin. Ses cheveux rouges sont un atout à Bévône, et ce visage, si ferme, si jeune, ne peut que plaire.

A côté de Zörn, elle est plus petite, plus gracile, à la façon des chats sauvages.

Lui est plus rustre. Il n’a jamais été très subtil.

Son visage marqué de trois cicatrices en dit long sur ce qu’il a vécu, sur ce qu’il a survécu. Ses cheveux courts et noirs, plantés au-dessus de sa tête, sont comme un buisson obscur qu’il a longtemps coupé lui-même au tranchant de sa hache. Ce n’est ni égal, ni précieux. C’est mauvais, comme lui, comme quand il la regarde.

Ses yeux l’accusent, mais c’est seulement car il faut un coupable ce soir.

Un coupable à tout ce qui l’accable.

“ Je n’ai rien pour toi ce soir “ qu’il grommelle en avisant l'arc, essuyant de nouveau sa bouche du revers de sa main.

Ça lui brûle en dedans.

Toutes ses questions restaient sans réponse, tous ses instants laissés dans l’oublis.

Il sert le poing.

“ Pourquoi ? “ Il frappe son front, parce qu’il ne peut pas contenir cette colère, parce qu’elle le ronge. “ Pourquoi Elle ? “

Ce ne peut qu’être ”Elle”.

Traüma n’existe pas. Pas encore.
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Re: Au détour d'une ruelle d'Olov

le Sam 4 Aoû - 15:38
L'alcool déliait les langues et le sanguinaire n'échappait à la règle.

La vampire était bien contente que le sanguinaire lui parle. Faire de lui un membre du clan n'allait pas être anodin. Ils allaient devoir apprendre à se connaître avant la transformation. Nul ne pouvait sortir inchangé d'une telle épreuve.

Elle même sentait encore ce poids dans la poitrine. Cette bête enchaînée qui murmurait dans ses rêves.

Pourquoi lui ? Car il était une bête humaine, il connaissait déjà la tourmente et pouvait endurer plus. Beaucoup plus.

-"Pourquoi elle ?" rétorqua Olivia à Zörn, "Car elle était une belle humaine, elle connaissait la joie, et pouvait donner plus. Beaucoup plus."

Ce n'était pas tout à fait vrai; mais totalement faux. Le clan de la chaire prend ce qui l'intéresse, fauchant les plus belles fleurs pour les mettre dans des vases. Elle aura été triste de perdre son frère. Peut-être l'était-elle toujours ? Mais entre les promesses et les mensonges, qui sait ce qu'elle pouvait penser. A mille occasion, on aurait pu annoncer la mort de son bien aimé frère pour étouffer cette petite étincelle, et la remplacer par un autre amour. Peut-être avait-elle toujours espoir de revoir son frère. Qu'importe.

Elle était le trophée du clan de la chaire; mais un trophée peut changer de mains, et c'est la destiné des chasseurs de prendre les trophées qui leurs sont dus. Peut-être auront-ils cette chance perverse d'être réunis à nouveau, mais cela sera uniquement par la force.

Zörn avait besoin de force. Olivia pouvait lui en offrir mais c'était encore trop. La transformation risquait de faire de lui une stryge folle ou pire, un goule sans âme. Il devait tuer, encore et encore, jusqu'à baigner dans le sang. Alors là il sera prêt.

La transformation d'Olivia remontait à si longtemps, et pourtant était un souvenir impérissable. Ce n'était pas le meilleur souvenir qu'elle avait, il était même douloureux; mais il était intime et avec une saveur unique
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Re: Au détour d'une ruelle d'Olov

le Sam 4 Aoû - 16:30
Une belle humaine...

C’est vrai qu’elle était belle. Dans ses souvenirs, il se rappelle de son sourire, de ses rires clairs.

Ça lui glace le sang. Alors il frappe, d’abord d’un coup dans le mur, de sa main qui n’a pas entièrement guérie depuis leur retour de Trevan, puis de l’autre main. Il grogne en serrant le poing. Il sent bien le sang qui mouille de nouveau son bandage de fortune. Nikolaï lui a pourtant dit de ne pas trop s’agiter, mais comment peut-il ne pas être agité ?

Ils ne savent pas. Ils ne savent rien.

Ils n’ont jamais connu la séparation de son autre-soit.

“ Je le tuerais “ siffle-t-il, “ Ryszard... si c’est toujours Ryszard, je le tuerais... “

Ça ne fait peut-être aucun sens sur le moment, mais ça le soulagerait de le savoir mort.

Ce ne serait pas comme Koshmar. Sa perte a été une souffrance atroce.

Plus grande que celle d’Elle ?

Difficile à se souvenir.
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Re: Au détour d'une ruelle d'Olov

le Sam 4 Aoû - 20:56
Cela semblait vraiment tenir au cœur de Zörn de hacher tous ceux qui s'étaient mis entre lui et sa sœur... au point de se blesser dans sa colère.

-"Je ferai tout pour qu'il se retrouve coincé comme une petite souris avec vous face à lui" répondit alors la vampire de son sourire carnassier, "Cette heure viendra soyez-en garantit... et habituez-vous à penser loin dans le temps. Très loin."

Faisable mais compliqué.

Olivia avait une idée en tête. Elle escomptait bien que le culte de la civilisation gagne et était prête à forcer la main du destin pour qu'un haut-prêtre de leurs rangs dirige Bévône. Cela l'arrangeait en tout point.
Elle comptait sur l'opposition des autres clan pour coincer le clan de la chaire et le livrer en pâture au sanguinaire. Une fois que la poussière sera retombée, Olivia et son clan aura gagné. Ils n'auront pas gagné seuls et ils ne seront pas ceux en lumière mais cela n'importait pas. L'ombre lui convenait parfaitement.

-"Comment imaginez-vous vos retrouvailles avec elle? N'est-ce pas pourquoi vous vous battez ?"
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Re: Au détour d'une ruelle d'Olov

le Sam 4 Aoû - 21:13
Il l’écoute, mais ses pensées sont absentes, imbibées de cannelle et d’ambre. Il y a des reflux, des souvenirs qui remontent et qui se coincent dans sa gorge. Elle, elle riait toujours, même quand il ne savait pas quoi dire. Elle avait parlé toute sa vie entière à sa place. Elle l’avait pensé, l’avait couché contre son sein d’enfant.

Il a froid dans la ruelle.

Sans Elle.

Ça fait encore plus mal que quand Koshmar a disparu.

“ Je... Je la pendrais pour moi. ”

Ses doigts sont moites. C’est le sang qui coule. C’est poisseux. Comme sa relation avec sa sœur, mais il se fiche bien de ce qu'ils ont à en dire ou à penser.

Lui ne pense plus. Penser ce n'était pas intéressant, disait Koshmar. Penser, c'était douter.

Il se souvient de Koshmar, de ses doigts dans le ventre de la petite fille. Elle est si jolie. Peinturée de rouge. Est-ce du sang ? Non, ce n’est que de la peinture, pas vrai ?

Il a du mal à se souvenir. Pourquoi est-ce qu’il était là ?

Pourquoi est-ce qu’il ne se souvient de ses lèvres ?

De ses crocs ?

“ Elle sera à moi, si je le tue. C’est ça ? Elle était à moi. ”

Il est un peu perdu, entre le passé et le futur, tout se mélange.

La tête lui tourne un peu.

Il n’est sûr que d’une chose, c’est qu’Elle est à lui. Elle s’est donnée.

Ils seront toujours ensemble.

Même si elle l’a trahie.

“ J’ai si mal... ” Il souffle, baisse les yeux sur sa main. Le bandage est rouge, et ça déborde. Un peu comme à l’intérieur de lui. “ Elle doit avoir mal. Elle aussi. ”

Parce qu’ils ne sont qu’Un.

C’est ce qu’Orest disait.
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Re: Au détour d'une ruelle d'Olov

le Mar 7 Aoû - 7:13
Cela commençait à exaspérer la vampire.

Zörn s'enfonçait de plus de plus dans le pathétique; même pas de sursaut héroïque ou poétique.
Juste un gamin à qui l'alcool fait bafouiller quelques plaintes.


Olivia s'était attendu à un sursaut joyeux voir rêveur à l'évocation de leurs retrouvailles. Ce moment unique qu'il avait attendu toute sa vie et qui ne pouvait être que parfait car il n'existait que dans ses rêves. Un moment fictif qui l'aurait maintenu en vie envers et contre tout.

Elle avança d'un pas -non sans éviter de marcher dans la flaque de bile qui ornait le pavé- et décocha une gifle magistral au Sanguinaire. Le moins que Zörn pouvait en dire, c'était que la vampire avait une force certaine et c'était quelque chose qu'on aurait pu que mal deviner juste en voyant sa silhouette drapée et gracile.

-"Un peu de dignité, bon sang !"

"Vous mes faites pitié" continua-t-elle dans ses pensées et dans son regard dur. S'il y avait bien quelque chose qu'il fallait éviter à Bévône, c'était de paraître faible. Il n'y a pas de places pour eux. Ou alors seulement dans des cages.
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Re: Au détour d'une ruelle d'Olov

le Mar 7 Aoû - 15:15
Le coup le fait reculer de quelques pas, interloqué d’abord, surpris ensuite.

Le coup a frappé plus loin que dans la chair, que dans les os. Ça résonne à l’intérieur.

“ Un peu de... dignité ? ”

Il la fixe. Son regard bleu est étincelant, mais ce ne sont pas des larmes.

C’est de la poussière de colère, des années de rancœur, de souffrance.

De la dignité ?

Mais c’est quoi, la dignité ?


Il est trop saoul. Dans sa tête, il y a des images, des relents.

Pourquoi est-ce qu’il a bu ?

Il a envie de s’arracher les yeux, d’arrêter de penser.



Il a envie de la frapper, parce qu’elle l’a frappé.

Parce qu’elle le regarde avec les yeux qu’ont tous les aristocrates.

Koshmar ne l’a jamais regardé comme ça. Koshmar se fichait bien de la dignité.



Il sert les poings, à en faire pâlir les jointures, à en faire rougir son visage.

“ Mais c’est quoi, la dignité ? ”

Il hurle comme un diable, hurle à réveiller tout le quartier.

On s’en fout, de toute façon. Le premier qui vient, il lui suffira de le trancher en deux. C’est comme ça que ça se règle, les problèmes, non ? D’un coup de hache. D’un coup de poing.



Et allez, on mâche, on mâche, encore, le craquement des os, l’élasticité des muscles crus...

“ Elle sert à quoi vot’ dignité ? ”

Cette fois il rit, rit à s’en faire mal au ventre, à en vomir ses tripes.

Rire de lui, rire de tout.



Il recule d’un petit pas, hilare.



“ A rien. Ça n’sert à rien. Tout ça... tout ça, c’est du vent. ” Son visage se rembrunit, ses sourcils se froncent, de nouveau, la colère, l’horrible colère : “ Des gamins qu’on envoie s’faire tuer dans la neige ou qu’on étripe juste parce que m’sieur avait une p’tite soif, et leurs madames qui s’font des jolis colliers de boyaux d’bébés, pendant qu’les autres crèvent tellement la dalle qu’le premier qui bouge plus, bah il s’fait becter, vivant, pas vivant, on s’en fout, pas vrai ? C’est tellement digne ! Tellement plus digne ! C’est ça être digne ? Alors je suis déjà digne !



La colère l’emporte sur l’homme.

Koshmar a gagné à chaque fois qu’il dégaine sa hache et qu’il frappe dans les murs, dans le sol, ses muscles saillants se dessinant sous sa peau. Déchaînement d’homme, de rage, de bête.

Bien sûr que Zörn n’est pas parfait. Il le sait.

Il n’est qu’un faible.

Un survivant qui a eu de la chance.



Le sang coule dans sa bouche - il s’est mordu l’intérieure de la bouche.

Ça a le même goût que quand on mâchait et mâchait encore le petit Oskar.

Il était gentil Oskar... Il était bon, aussi.



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Re: Au détour d'une ruelle d'Olov

le Mar 7 Aoû - 20:59
"Non


Et ton pédophile de maître  n'avait aucune dignité."


C'était tombé d'un coup sec, sans une hésitation. Elle ne portait pas Koshmar dans son cœur.

Les enfants à Bévône devaient s'endurer pour devenir le digne futur de Zeldsan. Profiter de leur faiblesse n'avait aucun intérêt. Si on devait profiter de la faiblesse de quelqu'un, c'était celle d'un incompétent qui barrait la route aux plus talentueux fils du loup.

Koshmar était non seulement l'un des rats de la rapière, mais en plus un dépravé qui s'attaquait ainsi aux enfants pour son petit plaisir malsain. Il s'était attiré la haine de tous, vampires comme prêtres, mais a su jouer avec les lois au point que tous étaient au courant, mais personne ne pouvait agir.

Quelqu'un eut la bonne idée de remettre en place ce bâtard. Définitivement.
La mort même de Koshmar assainissait les cours vampires; et sans patriarche stable, personne pour venger sa mort.

Olivia aurait aimé poignarder cet enfoiré et le voir agoniser. Bien qu'elle aimerait poignarder la moitié des vampires qui existent.
Et cette catin de reine d'Argem.
Et la bâtarde bleue de la trinité.
Et son traître de chien macabre.
Et la salope à pistolets.

Tous les voir brûler à la gloire du seigneur du feu.
Sauf Koshmar.
Lui ne méritait pas de brûler.
Il méritait qu'on balance son corps à la mer. Qu'il gonfle et pourrisse, dévoré par la pourriture et les vers.

Ce plaisir lui avait été ôté; mais elle attendait le jour où les autres payeraient.

Ce jour là, Olivia aura besoin de guerriers compétents et haineux.
Comme Zörn.
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Re: Au détour d'une ruelle d'Olov

le Mer 8 Aoû - 1:13
Il frappe.

Une dernière fois.

La hache n’est pas passée loin de partir d’entre ses doigts jusqu’à elle.

Au lieu de ça, elle s’est plantée dans la pierre même de la ruelle qui se trouve juste derrière Olivia qui le toise.

Il aurait presque pu, elle ne l’aurait pas laissé faire, mais il aurait pu avoir envie.

Envie de voir ce trop joli visage fendu en deux.



“ Ne parle pas – de – lui – comme – ça. ”



Sa voix se coince légèrement dans sa gorge, parce que Koshmar avait été là. Il avait eu le mérite d’être là pour lui, de l’aider, de l’avoir rendu plus fort. C’était vrai que la plus part des souvenirs n’étaient pas heureux, qu’il y avait eu beaucoup de larmes et beaucoup de sang, mais il l’avait choisi.

C’était lui qui avait demandé à Orest, lui qui avait avancé d’un pas, qui avait toisé le tueur.

Il lui avait demandé de le rendre plus fort qu’il ne le serait jamais.

Et Koshmar l’avait fait.



D’un pas titubant, il retire finalement la hache de la pierre.

Il recule de quelques pas, l’air un peu bousculé par cette soirée, par tous ses mots, tous ses maux qui reviennent à la charge dans son crâne.

Il tourne le dos - on ne fait pas ce genre de chose en temps normal, mais en temps normal il n’est pas ivre.

En temps normal, il ne repense pas à Elle, à Koshmar, à tous les autres qu’il a laissé.

“ La dignité... ” Il le marmonne, alors qu’il s’éloigne d’elle, prêt à partir. “ Je n’en veux pas. Ça ne m’aidera pas à tuer Ryszard et à la récupérer. Ça ne m’a jamais aidé. ”

Il laisse un petit temps avant de finalement repartir, la hache au bout de la main.

Il se fiche bien de comment elle le regardera, de l’air qu’elle prendra la prochaine fois qu’ils se croiseront. Il se fiche bien de tout, parce qu’à ce moment-là, il n’a qu’une seule chose en tête.

Et c’est Elle.
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Re: Au détour d'une ruelle d'Olov

le Dim 19 Aoû - 19:20
L'alcool n'aidait vraiment pas Zörn, pensait Olivia en observant le Sanguinaire. Comment sinon soutenir l'une des pires engeances des vampires ? Et ce n'était certainement pas de l'amour. Il n'y avait aucun amour dans la perversion de ce vampire. Excepté l'amour de soi et dans ce cas oui, Koshmar débordait d'amour.

"Je parle de lui comme je veux" rétorqua avec insolence Olivia.

La vampire n'allait pas se faire marcher dessus par un ivrogne.

"La dignité, c'est ce qui t'aidera à ne pas mourir quand tu aura tué Ryszard. Repense-s-y quand tu aura dessoûlé."

De la main de n'importe qui ou d'Olivia. La chef du bec ne pouvait pas tolérer un animal sauvage en liberté.

C'était la mission du clan du bec de traquer les animaux et les dégénérés qui pourrissaient les rangs de Zeldsan. Eux-même se trouvaient à la limite du monde sauvage, farouches gardiens d'une mince limite qu'ils ne devaient jamais franchir d'eux-même.

Des dégénérés à tuer, il y en avait beaucoup. Il y en avait même plus que les bêtes sauvages. Ils infestaient Bévône entre chaque guerre civile, nuisant au pays avec leurs prétentions idiotes.

Zörn était ce genre de candidat qui plaisait au bec : puissant et sauvage, à la limite d'un monstre humain. S'il canalisait toute cette haine et cette douleur, s'il se contrôlait, alors il serait l'un des plus merveilleux outils de Zeldsan et du clan.

Tant qu'il ne franchissait jamais la limite.

Olivia souriait.

C'était un peu hypocrite dans le fond.
Une fois face à la réalité, Zôrn ne pouvait que franchir cette limite.

Il aura servit Zeldsan un temps comme un bref éclair de puissance folle. Olivia devrait le tuer et tout rentrerait dans l'ordre. La matriarche prendrait même un certain plaisir à l'achever.

Pourtant elle était également tiraillé par cette envie qu'il survive et défi son destin. Après tout, c'était dommage de perdre une telle force; ainsi qu'un si jolie visage.

Malheureusement, ce n'était pas elle qui devrait choisir.

C'était cet ivrogne exaspérant.

Elle soupira, lâchant un "idiot" à voix basse, tout en s'éloignant dans les ténèbres.

"Au revoir, idiot" lança-t-elle comme un écho, elle n'avait pas grand chose de plus à ajouter. Jusqu'à leur prochaine rencontre.
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Re: Au détour d'une ruelle d'Olov

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