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Destin scindé

le Jeu 21 Déc - 21:23
Un destin scindé


Cela faisait trois jours qu’elle était revenue à la Capitale, qu’elle avait regagné sa chambre au sein de la Guilde. La vie y était toujours la même : simple et monotone, mais cette monotonie avait un quelque chose de rassurant.
Au petit matin, elle s’asseya à son pupitre et sortit la plus jolie de ses plumes. Son coeur s’était reposé, et elle se sentait en harmonie avec elle-même.

“Hamalcar,

Je me doute que tu dois être surpris en lisant cette lettre après ma subite disparition, et je dois avouer me surprendre à te l’écrire, mais je pense que c’est la moindre des choses.
Je n’honorerais pas ma promesse et je ne passerais pas sept jours à tes côtés, car si je comprends peu de chose, j’ai au moins compris que ta présence ne m’était pas favorable. A la vérité, elle me chagrine et j’ai le caractère si léger que la moindre peine trouble jusqu’au fond de mon âme. Ce n'est pas de ta faute mais voilà, j'en souffre comme un pécheur plongé dans la gueule d'un dragon.
J’ai été naïve comme une jeune chatte découvrant la première fois la joie de connaître un homme, et j’ai eu l’espoir fou qu’un jour, tu embrasses ma vision trop humaine sans doute des relations qu’ont les hommes et les femmes nés sous la même lune.
Je ne peux pas t’en vouloir, tu m’avais prévenu, tu n’étais pas à moi et j’ai cru pouvoir t’enchaîner, pensant à mon seul désir égoïste. Je me suis blessée à croire que je serais favorite parmi les favorites, au point d’éclipser leur existence - je me suis montrée orgueilleuse, je le confesse.

Malgré tout, je ne peux empêcher ma pauvre âme de croire en ce qu’elle a toujours cru, et d’espérer aux espoirs qui animent mon esprit au jour le jour.
C’est me faire à moi-même du mal que de dormir dans une couche déjà remplie, de partager la vie d’un homme qui partage déjà la sienne entre plusieurs, et si toutes l’acceptent, alors je dois plier : fuir ou accepter.
A cela, j’ai choisi la première option. Fuir me semble raisonnable. Je sais que tu ne courras pas après moi, c’est une bataille qui ne vaudrait pas grand chose, et tu en as d’autres à mener.

Je tenais cependant à signifier que ta compagnie m’avait été odieusement agréable, que j’ai été heureuse quelques secondes, sans penser à cet abîme sous mes pieds.

Je ne t’en veux pas, de rien, et j’aimerais que tu ne m’en veuilles pas d’avoir espérer, que tu me pardonnes peut-être la silence mais si j’avais parlé, la jalousie seulement aurait été entendu.

Adieu Hamalcar,
Ou à bientôt, que sais-je,

Diana.”

Elle prit le soin de relire la lettre et finalement, après que l’encre fut sèche, elle la plia soigneusement et partit à la recherche d'un oiseau dans le pigeonnier de la Guilde. Elle lui accrocha le message et l'envoya à Chremes. Peut-être aurait il de la chance et survivrait-il au voyage.

À la suite, elle se rendit à la bibliothèque centrale de la Capitale et chercha une carte des environs qu'elle se mit soigneusement à recopier, et une seconde carte lui indiquerait les anciens temples. Elle cherchait davantage près de Portesable, car là-bas aussi elle aurait une chose importante à faire.
Elle passa des jours et des jours à travailler, si bien que cinq jours se passèrent et à la fin de ces derniers elle put enfin poser sa plume car elle avait fini.

...

Ny’alotha partit trois jours jusqu’aux Tombes de Dekker et ne retourna que le quatrième jour, le soir même, épuisée du voyage dans le chariot miteux de la Guilde. Elle alla se perdre aussitôt dans un bon bain, car elle n’aurait supporter de dormir en sentant la sueur.
En longeant les bâtiments jusqu’à sa chambre, elle croisa un jeune homme, plutôt fin et haut de taille, qui lui donna une lettre qui semblait lui être adressée. Elle leva sur lui ses grands yeux félins et il eut un sourire amusé :
“On l’a reçu il y a quelque jours, mais vous n’étiez pas là, alors voilà.”
Ny’alotha disparut dans sa chambre, se déshabilla et désarçonna tout son matériel sur le sol, et rejoignit le bain. Elle s’occupa d’abord de le remplir avec de l’eau chaude, et finalement s’y plongea. Là seulement la féline prit la peine d’ouvrir la lettre, ses muscles se détendant sous l’eau brûlante du bain.

“Belle étrangère,

Ton absence m’a attristé. J’espérais au moins te garder l’espace de cette semaine, si ce n’est plus.
J’espérais que tu comprendrai et accepterai la culture de mon peuple. J’aurai aimé pouvoir te demander d’être une de mes favorites en dépit de ton chemin.


Je suis désolé que ça se soit passé ainsi et que tu nous ais quitté le coeur lourd. Tu n’avais pas à subir cette peine, encore moins la jalousie d’Althaia.

J’aurai du me rendre compte que cela n’aurait pas fonctionné, du à nos divergences. Tu m’avais bien dit que tu ne tolérais pas les autres femmes, que tes moeurs n’étaient pas les nôtres.

Je m’excuse d’avoir ainsi été source de désillusions pour toi. Je souhaite qu’un jour, cela soit suffisamment derrière nous pour que nous puissions nous revoir amicalement.

J’attendrais Ny’alotha à Chremes quand ce jour arrivera.

Au revoir Diana,
Hamalcar.

PS : Ayzabel compte t’envoyer un cadeau. Il devrait arriver à la fin du mois.”

La jeune femme soupira et enfonça sa tête sous l’eau, disparaissant quelques longs instants. Dans sa tête, un bruit sourd tambourinait en continu, et il lui semblait que c’était des centaines de voix qui cherchaient à lui parler, mais qu’elle se refusait d’entendre.
A un moment, un long frisson lui remonta l’échine et un “Remonte!” perça ses tympans, au point qu’elle sursauta et remonta à la surface, haletante. Entre ses doigts, le papier mouillé s’ébréchait petit à petit, en pâte molle. La féline ignorait combien de temps elle était rester la tête sous la surface de l’eau, mais cela lui était apparu comme une éternité.

Elle sortit du bain, nauséeuse, et se sécha rapidement. Elle enfila la robe que lui avait offert Hamalcar, et se regarda dans le petit miroir qui ornait sa coiffeuse. Un haussement de sourcil plus tard, elle hésitait à la retirer, mais finalement la garda.
Ny’alotha attrapa finalement sa besace et sortit rapidement, pour mieux rejoindre le premier convoi qui l'emmènerait à Portesable. Elle avait besoin d’y voir quelqu’un, ou du moins, de tâter le terrain. Elle ne reviendrait qu’après s’être enquis à tous les hommes de savoir de la ville, pas avant.
Le convoi partit au milieu de la matinée.

(...)

Une lettre fut envoyée. Elle sentait le sable chaud et son parchemin était rugueux, typique du sud.

“Hamalcar,

Ma réponse est tardive mais je cherchais quoi répondre.
Maintenant qu’il y a un peu de silence autour de moi, je peux enfin mieux réfléchir à ce qui a été et ce qui n’a pas été entre nous, et je dois bien admettre que le fossé entre nos deux éducations est un de ceux qu’un chat lui-même ne saurait traverser.

Si rester à tes côtés et être tienne ne m’aurait pas déplu, je dois avouer que je suis bien trop habituée à ma vie de chat de gouttière, libre comme l’air, pour m’attacher à une ville, et toi je le sais, tu tiens à Chremes bien plus qu’au reste.

J’aurais aimé rester, mais je suis frappée d’un caractère dur et parfois irrégulier. J’ai préféré partir si cela signifiait ne pas faire de mal à Althaia, ne pas me conduire comme le monstre que parfois, à la nuit tombée, je deviens.
Si ma Luxure me conduit à tes pieds, ma Colère n’aurait fait que massacrer le beau petit visage d’Althaia afin que plus jamais tu ne la regarde.
A ce genre de comportement, je ne peux me résoudre, d’autant plus qu’il y a ici une douce ironie, de voir que la voleuse que je suis n’aime pas se faire voler de quelque chose qui ne lui appartient même pas.

Je reviendrais un jour à Chremes, j’en suis certaine, mais cela ne sera pas avant un mois encore. Il faut que je laisse le temps cicatriser, à défaut de pouvoir oublier.

Je t’aimerais mieux si j’étais une véritable faellen, et c’est là mon seul regret de chatte mercenaire,

Ny’alotha.”


Le convoi partit avant même que Ny’alotha ne reçoive de réponse, mais elle n’en attendait pas vraiment. De Portesable elle alla au Nord, et retourna auprès de la Guilde où on la dépêcha cette fois au sud à chasser des dragons et des créatures fantasques. Son coeur n’était pas plus léger qu’à la veille, mais il était gonflé d’entrain et de violence.
Au début du mois suivant, le chariot qui revenait de Rougeflanc déposa la jeune femme à la Capitale, accompagnée de l’elfe des neiges, de la prêtresse, d’une voleuse malade et d’un guerrier aussi dextre qu’intelligent.
Le chef de la Guilde tenait à ce qu’un rapport lui soit tenu, mais le convoi qui partait à Chremes le jour même était au moment même où ils arrivaient. Prétextant faire son devoir d’officier, Ny’alotha laissa Serra et Darrell partir seul jusqu’à Chremes. Elle confia même à la prêtresse un rubis sanglant, celui-là même qu’avaient laissé la dépouille du dragon de cuivre abattu plutôt. Elle savait qu’Ayzabel saurait en faire quelque chose.
De là, elle tourna les talons et alla faire son rapport au chef de guilde, puis regagna sa chambre où le courrier, divers et varié, s’entassait. Entre tous les papiers, un paquet un peu plus épais se tenait, et l’odeur particulière du papier - un mélange âcre de divers senteurs - attira la curiosité de la jeune femme.
Elle attrapa ce dernier, l’ouvrit d’un simple coup de griffe et en sortit un livre. Un petit sourire fendit son visage, pendant recevoir un ouvrage ancien qu’elle aurait commandé pour apprendre quelques sortilèges de transmutation - ces ouvrages étaient si rares qu’elle ne connaissait à l’heure actuelle aucun de ces sors - mais c’était différent.
L’ouvrage était accompagné d’un petit mot signé par Ayzabel. Elle ne prit pas vraiment le temps de le lire et ouvrit le livre. Il était rédigé à la griffe en écriture Faellen, la calligraphie à l’encre noire était soignée et le support parcheminé était de qualité. Les différentes pages consignaient avec soin une partie du savoir magique de Chremes, comme des recettes de potions, de poisons, de contre-poisons, ainsi que des sorts. Ny’alotha pu retrouver en feuillant les sorts qu’elle avait acheté, mais surtout un sort pouvait retenir son attention : le vortex que contenait son bâton.
Un petit sourire se dessina sur le visage de la mercenaire qui jeta un regard sur son bâton. Maintenant qu’elle allait en changer - du moins l’espérait-elle - il fallait trouver un moyen pour garder malgré tout toute la puissance que pouvait avoir le Vortex de nature.
Elle s'essaya et feuilleta encore un peu le livre, gourmande et avide de savoir.
Au bout d’un long moment, elle attrapa un petit bout de papier sur lequel elle nota :

“Ayzabel,

Je viens tout juste d’ouvrir ton paquet et je dois avouer être surprise mais conquise.
Je te remercie de partager tout ce savoir avec moi et ne manquerait pas de te le rendre dès que j’aurais recopié et retenu toutes ces consignations.
Je ne peux me permettre de garder le savoir de ton village, mais j’en ferais au moins le meilleur usage avant de te le rendre.

Par ailleurs, mes amis devraient être devancés par l’oiseau que je t’envois, mais sache qu’ils amènent avec eux un rubis de dragon de cuivre. Je le sens très puissant en main, qui palpite d’une grande énergie.
Je ne serais que trop reconnaissante si tu trouvais un moyen de le tailler pour en faire mon nouveau bâton.

Je te remercie encore et espère qu’un jour nos chemins se recroiseront,

Ny’alotha.”

Elle se précipita jusqu’au pigeonnier et envoya l’oiseau jusqu’à Chremes.
Elle feuilleta le livre envoyé toute la journée et tout le soir et s’endormit dans son grand lit avec le livre coincé dans les mains, épuisée.

(...)

Une petite semaine passa avant que Ny’alotha ne prenne le convoi pour Portesable, n’attendant plus la lettre réponse d’Hamalcar.
La route fut longue - une semaine de voyage épuisant, dans une calèche vrombissante et inconfortable. La féline ne prononça pas un mot. Ses méditations permirent de concentrer et de gérer au mieux ses esprits et de les enchaîner finalement jusqu’à son arrivée dans la ville.
Les tons ocres de la citée lui rappelait quelque chose de lointain, même si l’architecture typiquement naine atténuait la nostalgie de la jeune femme.
Cela ne te rappelle rien ? s’amusa Trahison, fredonnant à son oreille.
Ny’alotha n’y fit pas attention, attrapa sa besace et fila jusqu’à la première taverne afin d’y réserver une chambre pour la semaine entière. Elle comptait rester aussi longtemps qu’elle le pouvait. Pour autant, elle resta dans sa chambre toute la journée, ne buvant qu’un peu d’eau et dormit longuement.
Le soir, alors que c’était l’heure où tous les bonnes gens rentraient chez eux et s’enfermaient à double tour, la féline descendit et prit son repas dans la taverne même.
Un détail attira l'attention de l'oracle du désespoir.
Un esprit blanc était tranquillement installé sur une chaise et s'amusait à siroter ce qui ressemblait à une tasse de thé. C'était un homme grand, âgé et droit, sa barbe était parfaitement taillée et lissée, de même que ses cheveux étaient peignés. Il portait une robe et comme personne ne pouvait le voir, il surveillait sans être inquiété l'établissement.
Elle posa sur lui ses deux yeux placides et les plissa, avant de détourner vivement le regard. Maintenant qu’elle l’avait vu, il savait qu’elle pouvait le voir - en règle général, c’était souvent une mauvaise chose.
Il remarqua Ny’alotha et ne s’inquiéta pas d’être vu. De leur côté, les esprits de Ny’alotha s’étaient tus et ne commentaient pas la scène. Leur silence se montrait plutôt évocateur sur la nature de l’esprit qui se tenait là.
“Vous êtes bien silencieuses d’un coup…” pensa Ny’alotha. “Un problème avec lui ?”
Elle ne le regardait toujours pas, buvant son thé.
“Le genre d'ennuyeur qui nous empêche d’en finir avec certaines pimbêches” gronda la Colère.
“La voix de la sagesse ?” se moqua gentiment la féline.
“La justice” répondit calmement Violence “Mais c’est surtout une vieille connaissance que nous n’avons pas vu depuis… 25 ans.”
Un grand silence s’installa dans la tête de Ny’alotha. Le vide. Du moins, une sorte d’abysse qui la jetait vingt-cinq ans plus tôt. L’impact fut si brutal que son esprit se sentit broyé à même le sol après une chute qui ne dura qu’une seconde et pourtant paraissait être une éternité.
Elle se mordit la langue et jeta de nouveau un regard à l’esprit.
“C’est… la Justice.” Ses oreilles noires se baissèrent, lui donnant un air tout d’un coup beaucoup moins sympathique. “S’il est là, elle ne doit pas être loin, pas vrai ?”
Ses doigts se serrèrent autour de sa tasse qui ne contenait qu’un peu de thé.
“Vous saviez qu’elle allait être ici au moment même où je quitterais ma chambre.”
C’était un reproche assez dur.
“Nous avons des comptes à régler” dit Jalousie, un peu mauvaise de la rencontre.
"Maintenant ?" La féline fronça les sourcils et se leva finalement, cherchant du regard celle que les Esprits attendaient.
“Madame vous cherche” annonça la Justice, donnant par son intervention une réponse à Ny’alotha.
“Et si je refuse ?” murmura t-elle.
“Cela fait 25 ans qu’elle vous attend. Elle n’est plus à un jour près.” répondit simplement la Justice.
“25 ans.” Ny’alotha fronça légèrement les sourcils, d’un petit air offusqué : “Elle est pas gonflée celle-là…” pensa t-elle, avant d’ajouter : “Je vous suis. J’imagine que je n’ai pas vraiment le choix de toute façon.”
L’esprit se leva et disparu à l’extérieur de l’établissement, il attendait la Faellen à l’extérieur pour la guider.
Ny’alotha attendit quelques secondes. Elle était à peine levée et pensait être dans une sorte de rêve - ou pire, de cauchemar. La féline se pinça les lèvres et finalement, sous l’impulsion d’une curiosité dévorante, elle emboîta le pas de l’esprit et le suivit à l’extérieur, puis tout le long du chemin. Elle ne pouvait certes s’empêcher de se dire que c’était de toutes ses idées la pire, son myocarde battait bien plus vite à l’idée de rencontrer enfin celle dont on disait que le ciel lui-même avait embrassé son front.

Elle était là dans la rue, Identique et différente à Ny’alotha. Ses traits, ses joues, son nez, ses oreilles, ses lèvres, ses courbes, tout ressemblait à s’y méprendre, excepté que son pelage était d’un blanc immaculé, ses cheveux d’un noir de jais, tout comme ses yeux. Sa longue robe blanche traînait sur le sol. Elle attendait sa soeur, là.
Ny’alotha portait sa robe courte sur ses mi-cuisses blanches, d’un noir de jais tissé d’un fil bordeaux. Elle était tout aussi jolie mais ses longs cheveux étaient d’un blanc de nacre, et ses yeux de nacre brillaient dans l’obscurité. Enfin elle lui faisait face, et elle devait dire qu’elle était plutôt décontenancée. Ses oreilles noires se baissèrent en arrière.

“Tu m’attendais, il paraît.” prononça la féline d’un ton fermé.
“Depuis longtemps, oui” affirma l’oracle, commençant à sourire paisiblement.
“Pourquoi ?”
Elle n’y allait pas par quatre chemins. Son sourire la troublait, et ses poings se serraient, comme elle se sentait remplie par vingt-cinq ans de rancoeur, d’abandon, de solitude.
“Je me sens… déchirée, nous n’aurions jamais du être séparées.” annonça-t-elle.
“Mais nous l’avons été, car le destin en a décidé ainsi.”

Fataliste, la jeune femme n’avait pas vécu dans le regret - de fait, son père adoptif avait été un meilleur père qu’elle ne l’avait espéré. Elle avait vécu dans la colère et la haine. Maintenant, elle se demandait ce que les autres avaient trouvé à sa soeur, de mieux qu’elle, et se moquait bien de ses états d’âme. C’était trop tard.

“Non ! Ça n’aurait pas dû être ainsi, ça n’aurait jamais dû être ainsi !” protesta vivement la féline “Jamais un oracle n’aurait dû nous séparer pour son intérêt personnel.”
Ses oreilles s’abaissèrent, elle semblait amère de la situation.
“Cela t’a fait souffrir. Beaucoup, trop même. Cela m’a souffrir. Cela n’aurait jamais dû être ainsi. Tu ne nous pardonnera sûrement jamais nos erreurs, mais je voulais te voir. Pas pour ruminer sur le passé, mais avancer, et te rencontrer, enfin.”

Ny’alotha inspira profondément et ses doigts se crispèrent. Elle n’aurait jamais cru que sa rencontre avec sa soeur se serait passer dans de telles conditions, et encore moins qu’elle fut si attachée à la revoir. Un petit froncement de sourcil déforma le visage de la féline, qui se sentait soudainement tiraillée entre l’envie de l’ignorer ou de tout lui reprocher, tout, ces vingt-cinq ans d’espoir, d’indifférence, de silence. Elle se mordit la langue avant de la délier :
“On a retrouvé mon couffin dans la nature. C’est un mercenaire qui a tiré d’un buisson un panier fait de linge et d’osier. On m’avait laissé là à mourir de faim, ou en repas attitré au premier fauve qui serait passé !” Elle siffla, cette fois plus agressive qu’avant : “Tu n’y es peut-être pour rien, mais je ne pardonnerais pas.”
Colère ronronna à son oreille.
“Souffre si tu en as envie, ta douleur m’importe peu.” trancha t-elle finalement d’un ton impérieux qui rappelait celui des reines des grands royaumes.

Elle soupira, visiblement, elle s’attendait à cette réponse. Comment pouvait-il en être autrement ? La vie de Ny’alotha était bien ingrate par rapport à la sienne, de même que ses états d’âmes. Ses oreilles étaient tristement baissées, son air semblait presque même blasé.
“Je sais que tu ne me pardonnera pas. Ce n’est pas que je veux de toi.”
“Qu’est-ce que tu veux alors ? Que veux-tu de moi ?” La féline releva le visage, implacable.
“Ma soeur.”
La réponse était directe et sans équivoque. De tout ce qui lui manquait, c’était sa jumelle, arrachée à la naissance.
“Existe t-elle seulement encore ?”
Cette fois, le timbre de voix de Ny’alotha était plus bas, plus sombre. Elle doutait elle-même. Elle ne se sentait plus faellen depuis sa confrontation avec les habitants de Chremes, elle ne se sentait qu’une moitié d’oracle après sa rencontre avec Althaia. Pouvait-elle se sentir une Irkalla quand elle n’en avait rien connu ?
“Oui elle existe, vivante après avoir traversée un enfer plus dur que le désert lui-même et affronté des démons plus horribles que certains faux dieux.” affirma-t-elle sans l’once d’un doute.
“Tu la cherches peut-être, mais ce n’est sans doute pas le cas de ceux qui partagent du reste mon sang.” Elle serra les dents, comme il lui semblait que cette épreuve était de toute la plus dure.
“Sont-ils importants ?” demanda-t-elle à Ny’alotha, relevant les oreilles pour marquer sa curiosité.
“Non.” Ses yeux opale brillaient dans la nuit. “Mais je dois savoir quel sera mon accueil.”
“Tu n’es pas tenu à les rencontrer. Si tu veux rencontrer le clan, ce sera ton choix.”
“Je ne le désire pas, du moins, pas maintenant. Un jour peut-être.”
Ny’alotha hocha la tête, et finalement la releva. Son coeur s’était calmé, mais il restait une question qui lui brûlait les lèvres :
“Sais-tu comment l’on m’a appelée ?” C’était une demande discrète de son prénom à elle, également, se doutant qu’ils avaient fait le choix d’une parfaite opposition.
“Fille du désespoir, je crois.” hésita-t-elle à répondre
“Ny’alotha, c’est exact” reprit-elle simplement, même si son ton laissait paraître une certaine rancoeur, “et comment t’ont-ils appelé ?”
“Fille de la félicité, Ny’mean.” répondit-elle un peu gênée.
Un petit sourire sarcastique déforma le visage de la jeune femme.
“Étonnant.”
Alors que Jalousie susurrait à son oreille de lui serrer la gorge bien trop fort jusqu’à ce que tout l’air qu’elle lui volait jusqu’alors ne s’enfuit, Ny’alotha ne semblait plus faire attention à rien. Indifférente, ces dernières semaines avaient été éprouvantes en tout point, au point même qu’elle n’est aucun mal à se contenir de sa rage et de sa tristesse devant sa jumelle.
Elle reprit seulement :
“Et maintenant ?”, d’un ton blasé.
“Ce que tu veux maintenant. Tu peux partir si ton coeur te le dit, nous pouvons continuer à parler. Je veux te connaître, pas te brusquer… et que tu sache que maintenant, si tu as besoin de quoique ce soit, je ferai du mieux que je peux pour t’aider.”
Ny’alotha baissa les yeux et sembla réfléchir, quelques secondes. Commencer par quoi ? Par où ? Comprenderait-elle seulement ce qu’elle avait vécu jusqu’à maintenant ?
“Je suis une enfant qui a vécu avec des mythes plein la tête pour se construire. Je ne connais pas l’histoire de mon peuple, ni même ma propre histoire. Je ne sais rien de ce qui a été avant moi, ni de ce qui a été après moi, alors… Si j’avais un seul souhait, ce serait d’apprendre mon histoire.”
“Comme tu voudra, ça te dérange si nous nous installons quelque part pour parler ? Je n’ai pas envie de rester debout si je dois faire un monologue sur l’histoire Faellen.”
“La taverne est un bon endroit, je suppose.”
“Allons y” conclua-t-elle, retournant vers le bâtiment dont venait Ny’alotha, s’avança d’un pas princier en invitant sa soeur à la suivre.
Ny’alotha la suivit sans rien dire de plus. Elle ignorait encore le déroulement exact de cette soirée, mais elle était curieuse de savoir, d’apprendre l’histoire d’un peuple, d’une famille qu’elle n’avait jamais connue et qui pourtant la suivait où qu’elle aille.
Sa soeur alla à la taverne et entra simplement, elle chercha une table vide avec deux chaises et s’installa. Le spectacle attira l’attention du peuple présent : il était déjà rare de croiser un oracle, alors des jumelles, c’était exceptionnel !
Pendant ce temps, les esprits faisaient silence des deux côtés, du moins ils se tenaient en retrait. Sûrement parlaient-ils entre eux, après tout, les seize esprits étaient revenus sur cette terre en même temps et ils se complétaient. Les années passées loin des autres avaient altérés certains caractères pour éviter de plonger les deux oracles dans l’excès.
Ny’mean enjoignit Ny’alotha de s’asseoir en face d’elle, pus demanda de l’eau au tenancier. La cruche et deux verres arrivèrent promptement à table, tandis que la chanceuse oracle ouvra e de nouveau le dialogue :
“Donc tu veux savoir, ton et notre histoire ?”
Ny’alotha eut un petit sourire, en coin.
“Celle que tu voudras bien me narrer.”
“Tout ce que tu voudra” commença Ny’mean, “Par contre, je vais partir du principe que tu ne connais rien à notre tradition orale et je vais te demander d’éviter d’en parler avec des étrangers.”
“Je ne parle à personne” répondit au tac au tac la jeune féline, “sois rassurée. Il n’en sera dit aucun mot.”
“Merci.” répondit sincèrement l’oracle, “L’histoire des Faellens remonte jusqu’à l’époque où les esprits marchaient sur terre, et les Kahaines déversaient leur colère sur le monde. Le monde était chaotique, des races naissaient et disparaissaient par millier dans la folie. Les Faellens sont nés à cette époque troublée, mais pas un des ‘dieux’ terrestres ne se préoccupait de nous. Seule une fraction des esprits s’est intéressé à nous et nous a guidé pour nous sauver. Les raisons m’échappent, mais beaucoup pensent que cela vient de notre lien rompu avec la magie.
Nous avons ainsi survécu jusqu’à qu’une autre part des esprits trouve un moyen de changer le monde, avec l’appui de certains Kahaines. Ce n’était pas un acte totalement désintéressé, car ces esprits espéraient ainsi devenir les dieux de ce monde. Ils n’avaient pas prévus que leurs actes les lieraient plus fortement à la matière qu’ils ne le pensaient et les feraient déchoir de leur statut d’esprit pour celui de mortel. Ainsi naquirent les Alfars, les esprits déchus.
En tout cas, les esprits gardiens des Faellens se sont retrouvés coupés du monde par les agissements des Alfars. Le monde était plus stable, mais nous étions de nouveau dépourvu de guides, et cela nous coûta notre unité. Les Faellens s'entre-déchirèrent pour des querelles de pouvoir, et se sépara en une multitudes de tributs.
Cet âge de séparation fût pour nous une grande plaie, car d’autres espèces bâtissaient royaumes et empires, nous fûmes parias, esclaves, parfois même de la nourriture. Nains, elfes et humains, toutes les races ont eut à un moment du sang Faellen sur les mains… jusqu’à la naissance des premiers oracles.
Nous étions au plus faible à ce moment, mais les esprits ont pu reprendre contact avec nous, en insufflant de leurs forces à quelques élus. Nous avons lutté pendant des siècles pour restaurer nos forces. Nous avons pu bâtir des petits royaumes, des cités états, des enclaves paisibles pour notre peuple. Nous avons su nous rallier à d’autres races pour libérer les nôtres et nous faire entendre. Ici, l’histoire diverge d’un royaume d’un autre, mais dans le royaume d’argent, nous avons eut une certaine chance. La monarchie en place tend à vouloir un royaume cosmopolite.
Quand au reste… les Irkalla et d’autres clans avaient fondé un petit royaume au sud, dans le désert. Nous étions sous protectorat du royaume d’argent et devions composer avec une enclave Alfar qui gardaient un temple, pour empêcher le mal contenu de s’échapper. De bons voisins pendant des siècles, qui nous avaient aidés pendant les heures sombres; hélas, vivre si près de la souillure a des conséquences. Il y a 50 ans, leurs coeurs ont commencé à noircir, ils se sont renfermés et sont devenus xénophobes, paranoïaques, rongés par ce qu’ils gardaient. Jusqu’à qu’ils entrent en guerre avec le royaume d’argent, et nous. Notre royaume s’est effondré, sans que les esprits ne puissent nous aider, désemparés par les agissements combinés de ce qui étaient d’anciens frères pour eux et la manipulation d’un monstre enterré. La guerre dura des années, jusqu’à que dans leur orgueil, ils assiègent Rougeflanc.”
“Je connais la fin de l’histoire” coupa poliment Ny’alotha, “c’est donc l’histoire de notre peuple… qu’en est-il de notre clan ?”
“Nous avons repris la tâche de nos anciens alliés, nous en tenons éloignés les personnes qui s’aventurent dans le désert, ainsi que nous-même.”
“Du temple ? Vous gardez un temple ? De quel Kahaine ?” La jeune femme haussa un sourcil, intriguée.
“Nous ne préférons pas savoir. Plus nous en sommes loin, mieux nous nous en portons.”
“Je comprends.” Elle eut un air ennuyé puis reprit calmement : “A Chremes, le village près d’Ouestrive, les Faellens ont un petit groupe d’Oracle pour guider leur peuple. Y a t-il plusieurs oracles chez les Irkalla ?”
“Actuellement, je suis la seule qui dirige le clan.” répondit Ny’mean, un peu sombre “le précédent oracle nous mentait et nous manipulait pour son profil personnel. J’ai dû… enfin. Il a eut ce qu’il méritait.”
“Il est mort ?” Les oreilles noires se dressèrent sur sa tête, bien que son ton était sobre.
“Oui” se contenta sa soeur.
“Qu’en est-il de vos habitudes, de vos moeurs et de vos lois ?” reprit Ny’alotha, en changeant de conversation comme cela ne lui plaisait pas de continuer sur le responsable de son long exil.
“C’est plutôt vaste comme sujet… tu as un sujet en tête ?” demanda Ny’mean à sa soeur, les oreilles blanches relevées pour marquer la curiosité.
“La justice, le mariage… le…” Elle semblait réfléchir, “... l’éducation ?”
“Le mariage, hein” insista-t-elle avec un grand sourire “Nous avons bien un mariage chez nous.”
“Ce n’était pas une priorité, mais soit” répondit la jeune femme, un peu sur la défensive, “j’imagine que la polygamie est la norme ?”
“Chez nous ? Moyennement. Il faut être capable de subvenir aux besoins de sa nouvelle femme ET il faut l’accord des autres. On est plus aux alentours d’un mariage polygame pour trois voir quatre monogames. Excepté les oracles qui peuvent faire ce qu’ils veulent mais ils s’en tiennent aux règles de base.”
“Cela signifie que tu es mariée ?” s’amusa Ny’alotha, sur un ton moqueur.
“Pas encore, seulement quelques romances et je suis toujours vierge si tu veux tout savoir.” avoua-t-elle “Ce n’est pas étonnant, vu qu’un de mes esprits est la ‘chasteté’, je suppose.”
“En effet…”
Ny’alotha resta quelques secondes à regarder sa soeur. Elle se sentait étrange, et c’était la première fois que cette sensation se faisait ressentir. Elle notait cependant dans un coin de son esprit ce que signifiait, chez elle, le mariage. Elle se doutait bien des divergences entre les tribues du sud et du nord, mais ne chercherait pas à convaincre Hamalcar. C’était seulement un moyen de se sentir plus… faellen.
“Quant à la Justice, y a t-il un chef de clan qui la rends ? Quant à ton rôle, tu es certes un guide, mais ta parole, que vaut elle face aux autres ?”
“Père est mort, j’ai tué le précédent oracle. Je dois t’avouer que le reste du clan n’a pas souhaité me contester.” annonça la Faellen, sans remords, mais un peu gênée de le présenter ainsi à sa soeur “Je rends la justice, j’écoute les griefs des deux parties, je demande l’avis au reste du clan et aux esprits, je tranche en prenant en compte l’avis de tous.”
“Tu as plutôt bien réussi.” Le sourire de Ny’alotha était franc. Elle aurait pu éprouvé une certaine rancoeur, mais être chef de clan ou oracle d’un peuple ne lui semblait pas être sa destinée, et elle ne se sentait pas investie d’un quelconque pouvoir sur le Clan Irkalla. Envie certes lui chuchotait qu’elle y aurait sa place, qu’elle la méritait bien plus que Ny’mean, mais elle n’en tint pas compte. “Le Clan Irkalla se porte t-il bien ?”
“Plutôt bien actuellement. C’est compliqué mais nous nous en sortons. Nous essayons d’attirer de nouveaux Faellens pour renouveler notre sang, en organisant des mariages avec les trésors de notre ancien royaume. Nous avons vendu quelques vieilles mines aux nains, nous ne pouvons plus les exploiter depuis longtemps.”
“Pour quelle raison ?” Les sourcils de la féline se froncèrent légèrement. Cela n’aurait pas dû lui tenir à coeur, mais elle n’appréciait qu’assez peu d’entendre dire que son peuple se séparait de ses biens - et était par conséquence dans le besoin.
“Nous n’avons plus assez de personnes pour exploiter ces mines, nous avons dû reconsidérer nos priorités pour vivre.” expliqua-t-elle en baissant un peu les oreilles.
“Vous êtes si peu que ça ?”
“Oui” avoua Ny’mean.
Le minois de Ny’alotha s’assombrit, mais elle ne répondit pas. Le silence se fit, quelques secondes, peut-être quelques minutes, avant qu’elle ne reprenne :
“Si tu es venue à moi, tu devais avoir une raison. Qu’attends-tu de moi, Ny’mean ?”
“Nous sommes une paire Ny’alotha, nous sommes deux oracles qui se complètent. Nous aurions dû être deux oracles qui conversent avec seize esprits, pas deux oracles avec neuf et sept esprits. Tu n’aurais jamais dû porter ces poids là. Je voulais te voir, m’excuser, peut-être trouver quelques réponses à des questions que je me posais, et que j’apporte une réponse aux tiennes, qu’on avance toutes les deux, au moins un instant, même si nos chemins doivent de nouveau se séparer.”
“Je ne me sens pas Irkalla, du moins je n’ai jamais considéré ce nom comme étant le mien. Je suis touchée - et c’est bien la première fois - par ce qui t’arrives, et c’est sans doute car tu es ma soeur et que notre lien ne saurait mentir, que je ressens cette étrange pointe au coeur. J’aimerais, et c’est sincère, t’aider dans ta quête, t’aider à rebâtir cette gloire qui semble perdue, mais dans le même temps, je ne doute pas que tu puisses le faire toute seule. Tu as tout porté de tes mains jusqu’à maintenant, et tu le fais sans doute très bien. Pour ma part, je crois avoir quelque chose à faire quelque part, quelque chose que je n’ai pas encore bien réalisé ni compris, qui m’empêche d’arrêter mon chemin quelque part.”
Ny’alotha marqua une pause, courte, afin de reprendre sa respiration et ses esprits, et finalement reprit :
“Cependant, je ne sais pas quoi penser de ce qui arrive à l’instant. Je ne sais si tu te joues de moi, ou si le destin a été assez joueur pour me faire subir quelques mésaventures. Dans tous les cas, si tu le souhaites, je pourrais garder contact avec toi. Une lettre n’est pas le plus dure à envoyer, et comme ça, nous pourrons toutes les deux avoir des nouvelles, et si jamais une nouvelle question surgit, alors il suffira simplement de prendre une plume. Je ne compte pas rester à Portesable longtemps, seulement quelques jours, le temps de parcourir quelques livres dont j’ai besoin…”
“Ce serait avec plaisir !” s’exclama Nym’ean, enthousiaste de la proposition de sa soeur “Si jamais tu as besoin d’aide, sur quoique ce soit, n’hésite pas !”
Un petit sourire se dessina sur le minois de la chatte noire.
“J’y compterais. A l’inverse, si tu as besoin de moi, je serais également là pour toi. Mais pour l’heure, j’ai seulement besoin de me renseigner sur la magie en règle générale, et sur les potions aussi.” Elle remit en place une mèche de cheveux agaçante.
“Quelle genre de potion ?” alla s’enquérir Ny’mean.
“Des potions, en général” ricana la jeune femme, “j’ai surtout des ingrédients, mais pas de recette. Il faut que je sache quoi en faire. Dernièrement, j’ai été dépêché sur une chasse au dragon à Rougeflanc justement. J’y ai récupéré un coeur, un foie et du sang de dragon de cuivre. Je ne sais toujours pas quoi en faire.” dit-elle avec regret.
“Hmmm, je dirais que tu as de quoi faire un philtre d’amour, quelques élixirs de puissance et un puissant anti-poison. Après, je n’ai pas spécialement pratiqué d’alchimie, encore moins avec des restes de dragon ! Mais du peu que je sais, les organes n’ont pas besoin d’une grande préparation : seulement d’être broyés et d’ajouter huiles et sels pour conserver. Le sang m’échappe un peu par contre.” expliqua Ny’mean en cherchant dans ses souvenirs.
“Je ferais quelques recherches, mais c’est déjà une piste” sourit Ny’alotha, “merci.”
“De rien” répondit la féline avec un sourire.
“Je peux t’offrir quelque chose à manger, ou à boire ? Je comptais partir, mais je dois bien avoir le temps de te remercier de tout ce que tu m’as apporté ce soir.”
“Ce n’est pas grand chose… sinon, j’aimerai en savoir plus sur toi !” demanda Ny’mean.
“Il n’y a pas grand chose à dire” ricana Ny’alotha, “je suis une simple officière au sein de la Guilde officielle des mercenaires d’Argem. C’est tout.”
“Et tu n’as personne dans ta vie ?” demanda innocemment Ny’mean.
"Personne qui puisse se considérer comme tel, disons" répondit sa soeur sur un ton posé et calme.
“Hmm d’accord.”
"Déçue ?" s'amusa Ny'alotha, "J'ai peut être bien la Luxure en esprit, je m'adonne finalement peu à ce genre d'activité."
“Pourtant, tu dois avoir du succès à la capitale.” répondit l’oracle intriguée.
"Du succès ? En quoi devrais-je avoir plus de succès à la Capitale qu'ailleurs ?"
“Comme ça, tu as un charme plutôt exotique et unique pour ceux qui vivent au nord des montagnes. Je me disais que tu devais avoir quelques beaux prétendants.”
“Je ne saurais vraiment le dire” se moqua gentiment Ny’alotha, “je dois les effrayer. Rarement un garçon a ouvert son coeur à moi, peut-être persuadé que j’irais le lui manger.”
“T’es pas plus dégourdie que ta soeur” se moqua à son tour Ny’mean.
“Je ne suis pas attachée à cette partie de la vie” avoua Ny’alotha, “je dois même avouer que je pourrais y faire une croix sans difficulté.”
Luxure s’étrangla à son oreille. Chasteté eut un rire de son côté de voir sa consoeur ainsi troublée.
“Je n’attends aucun prince qu’une belle citée… alors que toi, en tant que Cheffe de village et Oracle, tu dois être sacrément disputée…” le sourire de Ny’alotha s’allongea nettement, moqueur.
“Mouais, je dirige un coin perdu. Comme dit, notre or peine à attirer du sang neufs et à conclure quelques mariages d’intérêts avec les filles du clan. Quant à moi, comme je n’ai pas vraiment d’intérêts à cela pour le moment.”
“Pour le moment ? Quelque chose d’autre retient ton intérêt ? De plus important que le grand amour ?” reprit elle, toujours sur le même ton.
“Le ‘travail’ dira-t-on” répondit-elle.
“Je vois.”
La jeune féline leva la main et arrêta une serveuse :
“Un verre d’eau pour moi, et pour toi, Ny’mean ?”
“Un autre verre ne serait pas de refus.”
“Un dernier verre alors” répondit simplement sa soeur.
“Je pense qu’on a déjà bien parlé pour une première fois” rajouta-t-elle la mine réjouie “nous continuerons une autre fois, autre part que dans une taverne. Je suis contente d’avoir pu enfin rencontrer ma soeur.”
“Je suis surprise que notre rencontre se soit passée ainsi, mais également… heureuse, que ce soit aussi bien passé.”
Le serveur ramena les deux derniers verres et les déposa sur la table.

Ny’alotha termina sa nuit à parler avec Ny’mean et finalement s’exila. La semaine passa vite et la féline récolta les quelques informations dont elle avait besoin. Elle regagna la Capitale et Serra, qui était revenue de Chremes, lui donna le nouveau bâton qu’Ayzabel lui avait taillé.
Elle la remercia et s’enferma finalement dans sa chambre pour travailler.
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