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La Cage (Elias & Asenath)

le Jeu 21 Déc - 13:58
Allongée sur le flanc dans une geôle suspendue au-dessus du sol – une sorte de cage de fer, une cage à oiseau dorée pour les animaux rares comme elle, Asenath somnolait. Il faisait très chaud dans le fond de la caverne qu’ils occupaient depuis maintenant trois longues semaines. Elle n’avait jamais été aussi loin de ses Mères, et pour tout dire, elle n’était jamais sortie du Temple de la Trinité.
C’était la première fois que l’oiseau sortait du nid, et ça n’avait pas été de gré.

Entourée d’ailleurs de quelques esclaves-gardiens, de ces hommes à peine habillés (à cause de la chaleur ou d’autre chose, elle l’ignorait), elle pendait, suspendue comme une oiselle délicate, sans bien comprendre ce qui l’attendait.

Si c’était la mort, elle n’avait pas peur. Elle embrassait depuis son plus jeune âge la voie que ses Mères avaient tracée pour elle : elle se retrouvait dans la Mort et elle y mettait tout son cœur quand il s’agissait de vénérer le Kahaine Noir.
Si c’était la torture, elle n’avait pas peur. Elle ne l’avait jamais expérimenté, mais elle l’ignorait pas qu’elle était un outil de qualité que l’on n’allait pas abîmer gratuitement, pour aucune raison. Elle ne savait pas qui étaient ces gens qui l’avaient volé dans son nid, mais elle savait qu’il y avait une raison à ce rapt.

Pour tout le reste, elle n’imaginait rien de plus que ça. La liberté lui semblait lointaine. Le viol, très hypothétique, mais jamais bien loin non plus.
Elle se réconfortait en se disant qu’il y avait principalement des humains autour d’elle, et qu’une Alfar n’avait rien de bien joli à leurs yeux. Elle connaissait les règles de la guerre pour les avoir lu et ses Mères lui avaient souvent expliqué ce qu’ils advenaient des femmes des vaincus. Elle savait aussi que parfois, la laideur n’était pas un rempart à l’humiliation.

Sortant doucement de sa langueur, ses paupières lourdes papillonnant, Asenath eut un sourire amusé.
Soudainement, il lui vint une idée. Une comptine plus exactement.
Un souvenir lui venant de sa Mère Rouge.

« Marchand de sable, viens à moi cette nuit,
Réconforte moi jusqu’à la lueur du jour,
Tandis que l’obscurité tombe et les ombres s’assombrissent
Je t’offre la bienvenue dans ma chambre.

Repose tes os sous mon lit,
Laisse tes mains sur ma tête
Lance ton sort – un profond sommeil :
Et reste sous moi quand je dors.

Si je devais mourir avant de me réveiller,
Je t’offre mon âme à prendre… »


Un petit rire ponctua la fin de la comptine.

Quand Asenath rouvrit les yeux, un esclave la fixait. Elle lui rendit son regard, avant de murmurer, d’un air mutin :

« Tu n’as jamais entendu de comptine Alfar ? »
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Re: La Cage (Elias & Asenath)

le Jeu 21 Déc - 14:29
Il observait cette créature frêle d'un air intrigué. Ignorait-elle sa condition pour se montrer si impassible ?

Il était chargé de sa surveillance. Il n'avait pas de nom, comme tous les autres qui n'avaient pas encore montré leur force pour monter dans cette sauvage hiérarchie basé sur un système des plus primitifs: la loi du plus fort.
Lui, n'avait pas d'avenir dans une telle société. Il était comme un individu mal formé dans une colonie de rats qui était voué, quoi que soient ses efforts pour survivre et s'intégrer, à être rejeté par les autres et à mourir. Sa différence: être trop sensible, trop rêveur pour un monde violent où ces sentiments n'étaient que pures futilités, voir même haïs et rejetés.

Ainsi n'avait-il aucun avenir dans son peuple, car il ne pouvait profondément changer cette nature qui était sienne, à moi bien sûr de sacrifier son identité comme nombreux des siens, mais cela faisait longtemps qu'il avait refusé de payer un tel tribut pour une société aussi dure et un dieu aussi cruel, et qu'il attendait à présent son funeste destin.

Il avait pensé que cette mission au sein de temple d'un culte étrange et sectaire signerait sa fin, mais visiblement Zeltan semblait lui trouver encore une once d'utilité, comme surveiller cette enfant alfar par exemple.

Cette dernière s'était mise à fredonner une chanson dans une langue qui n'était ni du bévonien, ni du commun et qui lui était donc inconnu, avec des tonalités étranges mais pas désagréables.
Il se mit à l'écouter, captivé. Même s'il n'en comprenait pas le sens, les sonorités et la mélodie l'enchantèrent, n'étant habitué depuis sa naissance qu'aux chants guerriers aux voix gutturales. De par sa voix et son apparence, la petite créature avait quelque chose de captivant.

La chanson se termina, avec non sans une pointe d’amertume.
Il allait se replonger dans son silence et son indifférence de geôlier, quand la jeune alfar qui l'avait surpris à la fixer, l’interpella.

Son commun était médiocre, ne connaissant que quelques mots très basiques entendus maintes fois de la bouche des généraux mais n'ayant jamais appris la langue, le savoir étant limité si ce n'est pour dire quasi inexistant pour les castes inférieures dont il faisait partie.

Il ne comprit pas bien le sens de sa phrase mais perçu au moins que cela était une question. Il pensa de suite qu'elle le réprimait pour l'observer ainsi, et eu pour premier réflexe de se murer dans le mutisme, baissant la tête par signe de soumission, comme il en avait l'habitude. Dans le même temps, il jeta un coup d’œil aux alentours pour s'assurer que personne d'autres n'avait saisi l'échange, mais heureusement il était seul à proximité de la cage, les autres étant somnolents ou en train de jouer avec mornitude afin de désespérément tenter de tuer le temps.

Puis après quelques minutes de silence, il releva la tête vers la prisonnière, lui jeta un regard furtif, mal à l'aise, et murmura en commun presque inaudiblement et avec un fort accent bévônien: "... encore ? Chanson... encore ?"
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Re: La Cage (Elias & Asenath)

le Jeu 21 Déc - 14:56
L’alfar eut un petit sourire.
Elle roula doucement sur le ventre, dépliant douloureusement ses ailes engourdies. Elle semblait toute petite au milieu des géants de Bévône. L’humain en face d’elle malgré tout n’était pas comme les autres. Asenath pouvait le sentir, le deviner, rien qu’à le regarder. Il était souvent à l’écart, et quand bien même il écoutait les ordres, il n’y avait jamais aucun zèle.
Elle ignorait combien de temps elle avait passé dans sa cage d’oiseau, mais cela faisait au moins aussi longtemps qu’elle le voyait pathétique et pitoyable.
Même emprisonnée, elle ne se sentait pas aussi désemparée que lui.

« Une autre ? » répondit-elle en commun.

Voilà qui était amusant pour la gamine.
Asenath pencha la tête sur le côté, plissant légèrement les yeux. Cela la rendait un peu effrayante – les alfars n’étaient pas réputé pour être très beaux – presque autant que les gardes qui rôdaient aux alentours.
Finalement, elle toussa deux petites fois pour s’éclaircir la voix et commença, fredonnant de sa toute petite voix claire :

« N’osez jamais rire quand le corbillard passe
Car vous pourriez être le prochain à mourir.
Ils vous enveloppent dans un grand drap blanc
De la tête aux pieds
Ils vous mettent dans une grande boîte noire
Et vous recouvrent de terre et de pierres.
Tout va bien pendant environ une semaine,
Puis votre cercueil commence à fuir.
Les vers rampent, les vers rampent,
Les vers jouent une belote dans votre museau,
Ils mangent vos yeux, ils mangent votre nez,
Ils mangent la gelée entre vos orteils.
Un gros ver vert aux yeux révulsés
Rampe dans votre estomac et sort par vos yeux.
Votre estomac devient vert et gluant,
Et du pus se répand comme de la crème fouettée.
Vous l’étalez sur une tranche de pain,
Et c’est ce que vous mangez quand vous êtes mort. »


Elle marqua une pause un peu abrupte et pris un air songeur soudainement. Les alfars n’avaient pas vraiment à se soucier de la mort – du moins pas de celle qui frappe les vieillards endormis, pas avant un certain (long) temps.
Son regard se reposa sur l’esclave et Asenath ne put s’empêcher de le jauger de ce petit air supérieur.
Elle plissa le regard :

« Que vas-tu me faire ? »

La question tombait sous le sens : pourquoi un esclave s’attarderait auprès d’elle ? Tous les autres avaient décidément bien d’autres choses à faire. Ce n’était pas dans ses plans immédiats de s’acoquiner d’un homme, et encore moins quand son éducation n’était pas encore finie. Il y avait bien une partie d’éducation des mœurs charnelles prévues par sa Mère Blanche, mais elle n’arriverait pas avant sa puberté, selon les règles les plus élémentaires.
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Re: La Cage (Elias & Asenath)

le Jeu 21 Déc - 15:18
L'esclave regardait avec un mélange de curiosité et d'appréhension cette petite souris qui se tortillait et chantait, insouciante, dans sa cage. Comme si être enfermée était une habitude pour elle.

Il était inusuel que Bévône fasse des otages. Des prisonniers puis des esclaves oui, mais des otages non. On mourrait ou on se soumettait à l'Empire. Enfin, si on vous proposait cette seconde option et qu'on ne vous torturait pas simplement pour le plaisir, ce qui était tout aussi rare.

L'homme ignorait les plans de ses supérieurs. Il n'avait pas la force et donc la condition pour poser ces questions. Il ne devrait d'ailleurs même pas se les poser. Mais voilà, il ne pouvait s'empêcher de réfléchir. Il était ainsi fait. C'est pourquoi il avait été autant puni et torturé. C'est pourquoi il n'avait aucun avenir dans ce système.

Il était faible. Mais pas idiot.

Il voyait bien que la petite souris, malgré son air d'innocence et d'indifférence, tentait de trouver à travers lui une possible porte de sortie.

Mais le choix entre une gamine étrange et malsaine qu'il ne comprenait pas et des mois de torture sans interruption était rapide et évident : sa propre vie, quoi que pourrie, misérable et sans avenir, valait mieux que cette fillette. D'ailleurs ce serait comme une bénédiction pour elle de mourir sans souffrir et sans connaître les aberrations et monstruosités de ce monde.

Peut-être que sur un élan de pitié... Mais là encore cela le menaçait trop pour qu'il prenne le risque. Il l'observera sans doute, passif, assister à sa fin, douce et rapide peu probablement, longue et agonisante plus certainement.

A vrai dire rien que discuter avec cette étrangère le mettait en danger. Mais il ne pouvait pas non plus se limiter à un simple rôle d'observateur froid et insensible. Quelque chose l'intriguait profondément chez ce petit être. Et une force invisible l'obligeait presque à élucider ce mystère avant que la frêle créature ailée ne disparaisse quand qu'il ai pu répondre à cette interrogation.


Il l'écouta terminer sa chanson d'une oreille quelque peu distraite, plongé dans ses pensées mais tout en continuant de l'observer sans ciller.

L'interrogation de l'alfar le fit sursaut. Il devina la question à l'intonation, mais se tut, guettant du coin du regard le reste de sa garnison. D'aucun n'hésiterait à le dénoncer, le condamnant obligatoirement à une fin pire que la mort.

Il mit discrètement un doigt devant ses lèvres gercées par le froid et les blessures successives, signe universel indiquant à la jeune fille de garder le silence. Quelques secondes après deux hommes passèrent devant l'entrée de la salle sans s'arrêter.

Il laissa passer de nouvelles secondes pour s'assurer qu'ils s'éloignent suffisamment, tout en continuant de la fixer. Que faire à présent ? Ce n'est pas comme s'il avait de multiples possibilités, ni le choix. Cependant le peu de fierté et d'empathie qui subsistaient en lui l'obligèrent à rendre la pareille à la gamine, en signe de reconnaissance, d'une certaine manière.

Il se mit alors à fredonner faiblement une chanson dans sa propre langue natale, suffisamment pour que la petite créature ailée l'entende, tout en frappant légèrement le sol minéral à l'aide d'un silex afin de faire les percussions. Une chanson usuelle et emblématique dans les rangs de Bévône, au rythme saccadé et purement guerrier :

"Hurle
7 jours avant le Loup
Où serons-nous lorsqu'il viendra
7 jours avant l'avènement
Et une place dans les flammes
Le temps se rapproche tandis qu'il vient nous gouverner tous

Ceci est notre dogme
La force de soi réside dans le sacrifice de l'autre

Frères, je dois vous dire
Je vais chasser auprès de lui
Et tous les égorger comme de faibles proies

Hurle
7 jours avant le Loup
Où serons-nous lorsqu'il viendra
7 jours avant l'avènement
Et une place dans les flammes
Le temps se rapproche tandis qu'il vient nous gouverner tous

C'est ici
Que les forts
Et les faibles
Se séparent

Allume le feu de sa puissance
Chasse la défaite, triomphe
Prends le chemin le plus difficile
Quitte ce village de médiocre
Domine chaque esprit inférieur

Forts, faibles, plus jamais"
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Re: La Cage (Elias & Asenath)

le Jeu 21 Déc - 15:56
Le silence est pesant mais elle ne fait pas de bruit et l’écoute, attentivement, de ses longues oreilles fines qui finissent en pointe. Ses longs doigts graciles – presque squelettiques en réalité – pianotent doucement le fer de sa cage suspendue, battant la mesure alors qu’elle entend le son de sa voix. Elle est claire, un peu trop pour un homme. Du moins, les alfars de sa tribu ont tous une voix forte et grave, chaude comme les cendres. Elle se dit que c’est différent mais ce n’est pas dérangeant.

Mais il ne répond pas à la question.

Elle esquisse une petite moue boudeuse qui la rend plus mignonne qu’effrayante. Elle laisse ses mains courir le long du métal froid, caresse ce dernier. Elle déplie calmement ses ailes qui la font souffrir à rester trop longtemps replier sur elles-mêmes mais ne fait pas plus de bruit que ça. C’est un ballet silencieux, celui de l’attente inexorable

Il se passe de longues minutes où rien ne se passe vraiment, où le silence fait son office dans la grotte, rend l’atmosphère lourde et pesante.

Quand elle se réveille de sa courte sieste, l’alfar jette un regard autour d’elle mais il n’y a toujours que lui qui veille son chevet comme une mère devant son propre enfant, à cela près qu’une mère ne saurait être battue à mort si jamais elle levait les yeux un instant.

Elle a un sourire amusé, en coin, alors qu’elle tend le bras qui passe aisément à travers les barreaux épais de sa cage. Elle s’y prend si bien que du bout des doigts elle arrache une mèche de cheveux au geôlier qui à son tour piquait du nez.
Il lui jette un regard, elle le fixe à son tour, avec ce petit air malin et sournois :

« Je suis Asenath d’Endor » s’amuse-t-elle en lui montrant les quelques cheveux arrachés, « et tu es ma marionnette ! »

Un petit rire sursaute sur ses lèvres bleues pâles.

« Maintenant approche, et dis-moi qui tu es. »

Elle se joue de lui, mais elle joue si bien qu’on pourrait presque y croire.

Perchée dans sa cage, elle penche doucement la tête sur le côté, ses iris fendues fendant à leur tour le geôlier d’un air étrange.
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Re: La Cage (Elias & Asenath)

le Mer 27 Déc - 18:48
Suite à sa chanson l'homme se mura dans le silence, craignant d'en avoir déjà trop fait, et ne répondit pas aux interrogations de la prisonnière. Il soutint le regard de sa captive dans son mutisme malgré ses yeux si particuliers qui vle transperçaient, comme si son corps n’était qu’une simple étoffe usée qu’elle pouvait balayer d’un simple revers de la main pour pouvoir décortiquer l’âme de son interlocuteur.

Le Bévônien du mobiliser sa concentration et ses efforts pour ne pas lui montrer à quel point elle le rendait mal à l'aise. Mais paradoxalement, il se laissait peu à peu succomber à ce charme si inusuel. Personne jusqu'à présent ne l'avait regardé ainsi lui, déchet parmi tant d’autres. Certes la fillette agirait sans doute de la même manière avec n’importe quel autre geôlier, mais il complaisait en se disant qu’il bénéficiait d’un traitement de faveur. Et même si ça ne changeait en rien son intention de rester passif, cela le réconfortait légèrement.

Il ressenti néanmoins un certain soulagement quand elle s'assoupit. Cela lui donna l’occasion d’examiner plus en détails la frêle créature, notamment ses ailes qui le captivaient. S'il pouvait en obtenir, il pourrait fuir sans difficulté Bévône et son joug autoritaire, sans craindre d’être rattrapé et puni... Hélas ce n'était qu'une illusion, une douce pensée censée vous réconforter mais qui au contraire, vous rendait le retour à la réalité plus douloureux.

Afin de ne pas sombrer dans l’ennui et la mélancolie, il sorti son poignard et un morceau de bois -sans doute le pied d'un tabouret brisé- qui traînait là dans la poussière, et commença à le sculpter méthodiquement.

Quand l'alfar se réveilla, la sculpture prenait forme mais il était encore trop pour dire ce qu'elle devait représenter.
L'homme s'arrêta dans son travail quand la fillette prit de nouveau la parole et la regarda.
Il crut comprendre qu’elle lui disait son nom et demandait en retour le sien.

Dans un premier temps son visage prit une mine sévère, et il se reporta à son travail tout en ignorant superbement sa prisonnière.
Non. Il n’avait pas de nom.
Bévône ne nommait pas les esclaves. Le bétail, les brebis qui nourrissait le Loup de son sang..
Tout ce qui devrait vous être acquis de naissance vous est dépouillé à votre arrivée dans ce monde par Bévône. Si vous voulez les récupérer, vous devez le mériter.
Et lui n’excellait pas assez au combat pour le mériter. Il était sans doute suffisamment intelligent pour commander une garnison, mais les supérieurs n’écoutaient pas les esclaves, et les esclaves ne s’écoutaient pas entre eux, n’obéissant qu’aux ordres d’en haut.
Non. Tant qu’il n’aurait pas brillé et montré sa valeur dans une bataille, il ne pourrait jamais prétendre à une meilleure condition.


Sauf si…


Soudain, une idée naquit dans son esprit et qui illumina son visage. Et si cette gamine représentait l’opportunité qu’il attendait depuis des années ?

Il s’arrêta dans son sculptage, les engrenages de son intelligence se mettant en route et chauffant pour esquisser un plan ingénieux.
Cela était dangereux. Et il manquait encore d’informations concernant les raisons de l’emprisonnement de sa captive.
Mais il y avait une chance, même minime, que cela fonctionne.
Après tout, quand on a rien à perdre et tout à gagner, le choix est aisé.

Un grand sourire se dessina sur son visage. Il le dissipa avant de redresser la tête, et observa sa captive avec un intérêt renouvelé.

Oui. Si elle le considérait comme sa porte de sortie, la réciproque était toute aussi vraie.
La question était : qui allait réussir à abuser de l’autre et accomplir ses propres intérêts ?
Une bataille démarrait, mais qui ne requérait ni lame, ni sang. Mais d’intelligence et de manipulation. Et face à une petite fille ne semblant rien connaître à la vie, si étrange est-elle, il partait avantagé.

Mais avant tout, il fallait gagner sa confiance. Jouer son jeu. Pour pouvoir la trahir au meilleur moment.

Il la désigna du doigt, mimant l’innocence, et s’efforça d’articuler :
« … Assna… Dedor ? »

Puis se désignant lui-même et secouant la tête, avec un air triste :
« Moi, pas nom. »
Puis relevant ses yeux vers elle, demanda avec une lueur d’espoir :
« Toi donner moi nom ? »

Intérieurement, l’homme exhultait.
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Re: La Cage (Elias & Asenath)

le Mer 14 Fév - 13:08
Le silence en guise de réponse, l’alfar hausse un sourcil.
Elle n’est pas vexée, mais elle se demande bien ce qui se trame derrière ce petit ton boudeur qu’il lui offre. Est-ce que sa famille a été couverte de boue ? Son nom est-il ridicule ?
Peut-être que c’est le sien – Endor – qui lui vaut cette attitude. Ses Mères ont peut-être réduit à néant ce qu’il avait de famille. Elle l’ignore, aussi elle repose sa tête lourde sur ses bras maigrelets, fatiguée.

Il se passe de longues secondes où elle l’entend bien qui s’agite, mais elle ne fait pas attention. Elle ne veut pas faire attention. Elle observe les parois rougies de la caverne, les dessins, les gravures. Tout est si primaire, si primal… Elle resserre autour d’elle les ailes de peau fine.

Quand elle l’entend, elle relève à peine le nez vers lui.

Sa mine est légèrement endormie, somnolente ou presque.

Lui a l’air triste quand il se désigne. Il n’a pas de nom. Il n’existe donc pas vraiment. C’est ce que se dit la gamine qui garde son air particulièrement neutre.

« Moi, pas nom. »

Elle croise son regard sans sourciller.

« Toi donner moi nom ? »

Elle le fixe, un instant, puis finalement a un petit sourire.
Sa joue se loge calmement dans son coude qu’elle plante à l’équerre, pour se donner un petit air supérieur. Ce n’est pas que l’air ; elle l’est, Asenath, supérieure. C’est ce qu’on lui a toujours dit. D’une intelligence supérieure, d’un potentiel sans fin, sans limite.
La seule borne de son existence est cette horrible cage.

« Non. »

L’alfar n’a pas bougé d’un pouce quand la sentence est tombée.

Elle ignore s’il va être furieux, ou davantage peiné, mais elle n’a pas envie. Pas maintenant.

Elle le regarde fixement, avec ce sourire qui se moque ouvertement.

Aucune pitié, aucune compassion.
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Re: La Cage (Elias & Asenath)

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